Logotype de la Grande Loge des Régimes RectifiésLes blasons de l'Ordre

Hinc Nascitur OrdoDe là commence l'Ordre

Grande Loge des Régimes Rectifiés

Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem

Tableau de Charles de HundCharles de Hund

Les deux provinces rétablies de l'OrdreAuvergne Occitania

L’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem n’est ni une obédience maçonnique ni une grande loge régissant divers rites, mais un ordre au sens plénier ; ce qui inclut deux caractéristiques essentielles : il s’agit d’une association de personnes vivant en communion de pensée après avoir fait des vœux solennels, soumises à des règles morales inspirées de la Règle de l’Ordre du Temple mais adaptées à leur état laïc, et d’un ensemble fortement hiérarchisé exigeant de ses membres une obédience absolue aux supérieurs visibles et invisibles de l’Ordre. C’est seulement dans ce dernier sens qu’il est possible d’utiliser le terme d’ « obédience » ; celui de Grande Loge des Régimes Rectifiés s’applique à l’organisme qui régit les quatre premiers grades allégoriques pour répondre à la règle maçonnique commune qui veut que les grades d’Apprenti, de Compagnon de Maître et de Maître Ecossais soient placés sous la juridiction d’une Grande Loge, à l’exclusion de tout autre grade.

Dans le système de l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem, la Grande Loge des Regimes Rectfiés n’est qu’une émanation du Grand Chapitre Général duquel elle tire sa légitimité, le Maître de Loge (ou Vénérable Maître) ayant reçu de ce dernier, en tant que Commandeur de Maison, mandat pour diriger sa loge. Selon les usages de la Maçonnerie Rectifiée, l’installation d’une nouvelle loge se fait en deux temps : le Maître de Loge désigné par le Grand Maître National, après avis consultatif des Chevaliers Capitulaires, reçoit un « diplôme de concession » l’habilitant à prendre le vénéralat ad vitam de la loge allégorique ; le serment prêté entre les mains du Grand Maître National ou de son Vicaire précise qu’il doit « [s’]acquitter fidèlement et avec soumission des fonctions de Commandeur de Maison et du gouvernement qui [lui] a été accordé en cette qualité de la loge régulière, sous le titre distinctif N.N., établie et confirmée par le Chapitre Général, à la direction de laquelle Dieu et le Grand Supérieur de l’Ordre [l’]ont établi ; […] d’exécuter consciencieusement et scrupuleusement en tout et partout les lois qui [lui] ont été prescrites par le Saint Ordre […] » ; puis a lieu l’installation de la loge proprement dite, selon la Forme d’Installation des Loges Réunies et Rectifiées, qui voit tous les Officiers Dignitaires et les Frères fondateurs promettre, par la voix des Surveillants , « de remplir avec la fidélité la plus entière et la plus scrupuleuse exactitude les engagements [qu’ils ont] contractés envers [leurs] Supérieurs légitimes […] et envers le Vénérable constitué Maître inamovible de [la] loge », jurant, « de [se] conformer à tous les statuts et règlements reçus ou à recevoir d’eux. […] ».

Ainsi l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem inclut l’ensemble des grades, qu’ils soient allégoriques, chevaleresques ou cléricaux, de l’Apprenti maçon au Grand Prêtre des Templiers et Supérieur Inconnu de l’Ordre templier.

Les appellations d’ « Ordre Intérieur ou Saint Ordre » pour les grades chevaleresques et additionnels régis par le Grand Chapitre General, et de « Très Saint Ordre » pour les degrés du Cléricat Templier régis par le Grand Chapitre Clérical ne doivent pas être entendues comme autant d’ordres distincts mais comme une hiérarchie comprenant quatre branches constituant une structure pyramidale : la Franc-Maçonnerie allégorique, la branche chevaleresque, la branche cléricale, le tout étant couronné par le Haut Chapitre Clérical au sein duquel sont reçus les Supérieurs Inconnus ou Magni Sacerdotes Templariorum de la branche secrète de l’Ordre du Temple, Grands Pontifes de la Jérusalem céleste.

Au vu de tout ce qui précède, l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem doit être considérée comme un ordre maçonnico-chevaleresque, dans la tradition des grands ordres de chevalerie médiévaux, comme l’ont voulu ses inventeurs du XVIIIème siècle ; la « Formule de profession des Chevaliers Templiers réformés de l’Ordre » obligeant ses membres à « observer toute [leur] vie la règle qui a été donnée aux Frères Chevaliers du Temple par saint Bernard, abbé de Clairvaux, confirmée par notre saint père le pape Honorius second, dans tous ses points et articles applicables à l’état présent de l’Ordre et qui ne sont pas dispensés ; de vivre dans l’obéissance, sans rien de propre dans l’Ordre, et dans la chasteté spirituelle, c’est-à-dire dans la candeur de l’esprit et dans l’horreur de la séduction ».

Le terme d’ « Ecossais » est appliqué, au système de l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem. S’agit-il, d’une référence à l’origine écossaise d’un système qui prit, en fait, naissance en Allemagne ?

Deux explications peuvent être avancées. L’une se réfère à la légende néo-templière qui rapporte qu’après la dissolution de l’Ordre du Temple et le supplice de son grand maître, Jacques de Molay, Pierre d’Aumont, grand maître provincial de l’Auvergne, deux commandeurs et cinq chevaliers, déguisés en maçons, débarquèrent dans l’île écossaise de Mull et y trouvèrent le grand commandeur d’Hampton-Court, George Harris et plusieurs autres frères avec lesquels ils résolurent de continuer l’Ordre. C’est le jour de la Saint-Jean d’Eté 1312 que, dans un chapitre solennel, Aumont, premier du nom, fut nommé grand maître. Pour se soustraire aux persécutions, les frères adoptèrent des symboles empruntés à l’architecture et se qualifièrent maçons libres ou francs-maçons.

Cette légende est le « mythe fondateur » de l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem qui a toujours prétendu être l’Ordre du Temple « rétabli et renouvelé », perpétué secrètement « sous le voile et les allégories de la Franc-Maçonnerie ».

Le Maître Ecossais qui se présente au Noviciat séculier déclare venir « des Iles de l’Ecosse » où « il y a travaillé en tant que Franc-Maçon ». L’Extrait de l’histoire la plus récente de l’Ordre de 1312 à 1744, lue au grade de Chevalier, reprend les éléments de la légende ci-dessus : il précise, notamment, que pour « se soustraire à la poursuite et pour que l’Ordre ne fût pas découvert, Aumont proposa d’inventer et d’adopter, à la manière des maçons de métier, des signes et des mots secrets qui permissent [aux Frères] de communiquer et de se reconnaître ; et comme ils s’étaient, contre la volonté de leurs ennemi, proclamé libres et avaient adopté des coutumes étrangères, ils se déclarèrent Francs-Maçons et au début ils exercèrent vraiment ce métier ». C’est le successeur d’Aumont, Harris qui, en 1320, « ajouta au grade de Maître celui d’Ecossais pour que les descendants gardassent la mémoire de la renaissance de l’Ordre dans les îles écossaises. Le vrai Ordre commença avec le Noviciat [..] » Par « vrai Ordre », il faut entendre les grades chevaleresques proprement dits, celui de Maître Ecossais pouvant être considéré, par son contenu symbolique, comme relevant encore de la Maçonnerie allégorique, bien que rattaché à l’Ordre Intérieur.

L’influence du templarisme jacobite est la seconde explication de l’origine écossaise de l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem. Il est tout à fait plausible que le baron de Hund ait tenu sa légitimité d’un Chapitre « templier » au sein duquel il aurait été reçu à Paris, en 1743, en présence d’un « Chevalier au plumet rouge », dont l’identité reste incertaine, et du Prétendant Charles-Edouard Stuart en personne. Il semble bien qu’il ait subsisté une branche « écossaise » de l’Ordre du Temple dont le Prétendant fut le grand maître. Par une lettre du 30 septembre 1745 (dont l’original n’a malheureusement pas été retrouvé) adressée d’Edimbourg par le duc de Perth à David lord Ogilvy, nous apprenons que « John, Comte de Mar, succéda à la Grande Maîtrise [du Temple] ; que, suite à sa démission, le Duc d’Athole assuma l’administration des affaires de l’Ordre comme Régent ; et, finalement, qu’en 1745, [le 24 septembre], le Prince Charles-Edouard Stuart fut élu à la haute charge de Grand Maître, au cours d’un Chapitre solennel tenu dans le Palais d’Holyrood ».

La lettre en question affirme qu’il a bien existé une survivance écossaise de l’Ordre du Temple, ne revêtant aucun caractère maçonnique ; c’est au sein de cet Ordre du Temple jacobite que fut reçu le baron de Hund, en 1743, par le comte William de Kilmarnock, grand maître des Maçons d’Ecosse (1742-1743), de l’entourage du Prétendant, et c’est de lui qu’il reçut une patente pour implanter et développer l’Ordre en Allemagne ; si le Prétendant lui-même assistait à cette cérémonie, ce ne pouvait être en 1743 comme grand maître de l’Ordre, mais tout laisse à penser qu’il ait joué à sa tête, avant son élection, un rôle purement honorifique, les souverains écossais ayant toujours accordé leur protection aux ordres chevaleresques et religieux.

Après la défaite de Culloden (1746), qui mit fin aux espoirs de restauration des Stuarts sur le trône d’Ecosse, l’Ordre du Temple « jacobite » put se perpétuer au sein des loges maçonniques stuartistes ; il devint alors un grade maçonnique et réapparaîtra « sous le voile et les allégories » de la Franc-Maçonnerie à la fin du XVIIIème siècle, pour devenir The Order of the Temple, plus connu sous le nom de Knights Templar (Chevaliers Templiers), qui bien que de nature purement chevaleresque n’est accessible qu’aux Frères de la Grande Loge d’Ecosse (et autres obédiences maçonniques qu’elle reconnaît).

Cette influence stuartiste, donc écossaise, se retrouve dans l’Ordre Sublime des Chevaliers Elus, dont on suit les premières traces en France à partir de 1750 et qui, dans sa version templière dite de Quimper, se réfère explicitement à l’Ordre du Temple. Même s’il s’agit d’un grade d’Elu ou de vengeance, puisque le thème essentiel de la réception du candidat est la recherche de l’assassin de Maître Hiram (bien que la vulgate maçonnique parle toujours, en conformité avec le déroulement du rituel du grade de Maître, de trois assassins), l’Histoire de l’Ordre Sublime et neuf des questions du catéchisme – qui en comporte soixante-quatre – se réfèrent à la légende néo-templière et à la fondation de l’Ordre en 1118 : « [Des Templiers] pour éviter la persécution, se réfugièrent dans l’Ecosse où ils avaient des frères. Là, ils prirent le nom d’élus pour ne pas subir le même sort et pour éviter les calomnies [qui] avaient en France indisposé le vulgaire contre leur Ordre et servi de prétexte à leur destruction. » De plus les statuts mentionnent deux membres de l’Ordre Sublime qui paraissent être les mêmes que ceux donnés par l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem : le comte René-François de La Tour du Pin et le baron de Weigensac.

Cet Ordre Sublime des Chevaliers Elus était dans la mouvance des Ecossais stuartistes en exil et les sympathies jacobites de ses membres peuvent être largement prouvées. Si rien n’indique que le baron de Hund y ait été reçu, les références templières de l’histoire et du catéchisme de la version de Quimper ont pu être une source d’inspiration pour l’élaboration du « corpus » de la branche chevaleresque de l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem et du Cléricat Templier.

La branche chevaleresque de l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem ou Ordre Intérieur (encore appelé Saint Ordre) comportait, outre le Noviciat séculier ou militaire, cinq dignités donnant lieu chacune à une obligation différente : Chevalier du Temple ou Eques, Ecuyer (Armiger) ou Compagnon d’armes, Servant d’armes, Valet d’armes,Confrère Socius (Associé) ou Amicus (Ami) du Temple, et la qualité de Chevalier Profès, qui n’était pas un grade supplémentaire ou un grade secret, contrairement aux deux classes secrètes de Profès et de Grand Profès du Régime Ecossais Rectifié. On appelait Profès celui qui avait fait sa dernière Profession appelée majeure ; cette Profession était un acte libre et uniquement à la volonté de celui qui le faisait, par lequel il s’engageait irrévocablement envers l'Ordre, à en observer toutes les lois, règles et statuts, et à une obéissance entière envers ses supérieurs.

L’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem, se voulant l’Ordre du Temple rétabli et renouvelé, se devait de reprendre les notions de noviciat et de profession, à l’imitation de tous les grands ordres de chevalerie médiévaux. Le rituel de réception au Noviciat militaire n’est pas encore de nature chevaleresque puisque le candidat, qui vient « des Iles de l’Ecosse », se présente avec son tablier de Maître Ecossais dont le Supérieur, en fin de réception, relèvera la partie droite pour la mettre dans la ceinture du côté gauche. Seul le rituel de Chevalier présente toutes les caractéristiques de réception dans un ordre de chevalerie. Le Novice quittera ses habits de Maçon pour revêtir une armure, « l’habit le plus digne d’un Chevalier ». Le serment prêté par le récipiendaire exige l’observance stricte de trois vœux : l’obéissance envers les Supérieurs de l’Ordre, le silence et l’observation des statuts incluant, notamment, « la charité chrétienne envers les pauvres et au premier chef envers les Frères du Temple et envers l’Ordre ». Après cette prestation de serment, le Célébrant lui remettra le casque, la cotte d’armes, l’épée, la croix et lui touchera trois fois les épaules avec le glaive de l’Ordre ; la cérémonie se termine par la remise du cordon rouge « avec le signe de la sainte croix formée par […] neuf nœuds en mémoire des neuf fondateurs de l’Ordre » et par l’anneau d’or passé au petit doigt de la main droite. Le nouveau Chevalier, avant la remise de l’anneau, aura reçu son nom d’Ordre (en latin) : Eques a (ou ab)…, son blason et sa devise.

Ce rituel chevaleresque n’est en rien comparable au mode de réception des chevaliers du Temple connu sous le titre : « C’est ainsi que l’on doit faire frère et recevoir au Temple » et qui fait partie de la Règle (articles 657 à 686 inclus). Il s’agissait d’un mode de réception dans un ordre monastique de chevaliers ayant précédemment reçu l’ « ordre de chevalerie » dans le siècle, exigeant de ses membres les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance.

La Profession majeure, qui donnait le titre de Chevalier Profès, voulait que le candidat observât « toute [sa] vie la règle qui a été donnée aux Frères Chevaliers du Temple par saint Bernard, abbé de Clairvaux, […] dans tous ses points et articles applicables à l’état présent de l’Ordre et qui ne sont pas dispensés ». Le Chevalier Profès portera dorénavant son anneau de chevalerie au petit doigt de la main gauche.

De tout ce qui précède, il s’avère que ces rituels chevaleresques sont propres aux « Chevaliers Templiers réformés de l’Ordre [Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem] », mais proches de ceux qui étaient alors pratiqués par les autres ordres de chevalerie religieux ou séculiers. Leurs rédacteurs ne pouvaient s’inspirer que d’un Ordre qui était à leur portée et cet Ordre ne pouvait être que l’Ordre Teutonique qui, de plus, était contemporain de l’Ordre du Temple. D’ailleurs, il y a de grandes similitudes entre les deux rituels, bien que chez les Teutoniques la réception d’un Chevalier-Profès se déroulât toujours au cours d’une messe solennelle. Après une année de noviciat avait lieu la profession : le candidat se présentait en cuirasses et en bottes sans éperons, le casque à visière à demi-fermée ; le grand maître frappait de son épée le récipiendaire de trois coups, deux sur les épaules et un sur la tête ; on lui attachait les éperons et on levait la visière de son casque. Après avoir quitté son armure et repris son habit noir, le prêtre officiant lui remettait le manteau et la croix de l’Ordre.

L’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem contemporain ne pratique que la réception au Noviciat séculier et au grade de Chevalier du Temple, complété par la Profession majeure, mais a conservé la mémoire des autres dignités puisque, le Novice est d’abord investi comme « Valet d’armes, Servant d’armes et Ecuyer ou Compagnon d’armes » avant d’être armé Chevalier ou Eques ; le mot de passe d’Ecuyer lui est communiqué avant qu’il n’aille « revêtir l’habit du Chevalier ».

Le titre de Socius et Amicus, ou Associé, Ami et Protecteur de l’Ordre, est conféré à ceux qui désirent être admis aux connaissances qu’il renferme et coopérer à son but, sans cependant être lié à ses règles comme les Chevaliers ; ils s’engagent, comme eux, à lui être utiles, à le protéger, autant qu’il dépendra d’eux, et au secret, mais sans s’assujettir à son régime. L’entrée dans cette classe n’est accordée qu’aux princes, aux personnes de haute naissance ou à ceux qui par leur état très distingué et par leur position personnelle sont à la portée de rendre des services importants à l’Ordre en général. L’admission d’un Confrère Socius est réglée par un rituel qui est propre à cette classe.

Ainsi, le Célébrant, au cours d’une cérémonie dont le rituel est celui pratiqué par les Templiers allemands du XVIIIème siècle, recevra le Novice dans la chevalerie du Temple suivant l’antique formule : « En l’honneur de Dieu, de Sainte Marie et de Saint Bernard, je te reçois Chevalier du Christ et du Temple de Salomon et t’admets à tous les bienfaits de l’Ordre, qui lui ont été faits dès le commencement et qui lui seront faits jusques à la fin ».

David souhaite construire une maison à JHVH, le Dieu d’Israël : un temple pour abriter l’arche d’alliance qui est elle-même appelée « la Demeure de JHVH » et où Dieu réside. Il fait venir l’arche depuis Qiryat Yearim où elle est gardée depuis 70 ans par les Gabaonites, dans le « Grand haut lieu », sur la montagne de Gabaon1, et la place sous une tente à Jérusalem. Mais JHVH n’accepte pas que ce soit David qui fasse construire le temple, car il a fait couler trop de sang.

Salomon, son fils, réalise son souhait : il commence la construction du Temple en 959 av. J.-C.2 dans la quatrième année de son règne. La construction dure sept ans. Hiram, roi de Tyr, en Phénicie, lui envoie du bois, des charpentiers et des tailleurs de pierre recrutés à Guébal-Byblos ; ses habitants, les Giblites, sont en relation commerciale fort ancienne avec l’Egypte et fournissent également des travailleurs expérimentés aux Egyptiens. De plus Salomon fait appel à Hiram-Abiff, maître bronzier.

Le Temple est décoré de deux colonnes placées à l’entrée: Booz au Nord, Jakin au Sud.

Il est construit selon un plan en trois parties : d’abord le porche (ulâm), situé derrière une double porte, puis la grande salle (hékâl) et enfin le Saint des Saints (debir), fermé par une porte et plongé dans l’obscurité, dans lequel repose l’arche d’alliance, qui est le lieu de manifestation de la Shekinah, présence réelle de Dieu sur terre.

Les trois premiers grades du rite de Stricte Observance, se rapportent à cette édification. Le Temple, placé dans l’enceinte du palais royal, est l’image du ciel fixé sur terre. C’est une image du Saint Palais ou Palais intérieur point d’origine des six directions3. Ces six directions permettent de définir n’importe quel point d’un espace en trois dimensions. Le tapis de loge sous le symbole du Temple de Salomon est, à la manière d’un mandala, une représentation du monde.

Salomon réunissant en une seule personne l’autorité spirituelle et le pouvoir temporel y officie comme Roi et Prêtre Suprême ; vingt siècles plus tard, sur le même lieu, prend naissance l’Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon qui, en tant que chevaliers et moines, seront les derniers représentants occidentaux de l’union des deux pouvoirs royal et sacerdotal. Le maître de la loge maçonnique est installé dans la chaire du Roi Salomon4.

En 586 av. J.-C. Nabuchodonosor détruit le Temple et déporte à Babylone le peuple de Jérusalem. Mais, dès avant 586 av. J.-C., on perd la trace de l’arche. Elle est probablement cachée pour éviter qu’elle ne tombe entre les mains des envahisseurs babyloniens. On évoque le nom de Jérémie et la possibilité d’une cache dans le mont Nébo5. Le prophète Ezéchiel a une vision du Temple réédifié selon un plan idéal. En 538 av. J.-C., Cyrus l’Achéménide autorise les déportés à rentrer en Palestine. Sous la conduite de Josué et Zorobabel, et avec l’accord des prophètes Aggée et Zacharie, les Juifs reconstruisent le Temple ; mais, faute de moyens, il ne retrouvera jamais sa splendeur passée. Les grades de Maître Ecossais (ou Ecossais Vert) et de Chevalier de l’Epée (ou de l’Orient) se rapportent à cet épisode de l’histoire du Temple. L’arche d’alliance n’est plus présente dans le Saint des Saints, seule une dalle de pierre rappelle son emplacement. C’est la pierre shethiyah ou pierre fondamentale qui marque le « Centre du monde », point de chute de la pierre noire qui n’est pas sans rapport avec la lapsit exillis ou pierre issue des cieux de Wolfram von Eschenbach. En 168 av. J.-C., le Séleucide Antiochus Epiphane pille le Temple et y installe une idole. Il est de nouveau purifié en 164. C’est l’origine de la fête de la Dédicace. En 63 av. J.-C., les Romains prennent Jérusalem. Hérode devient roi et entreprend en 20 av. J.-C. des travaux considérables afin de lui redonner tout son faste. Ceux-ci durent jusqu’en 64 ap. J.-C. En 66 ap. J.-C., une insurrection des Juifs est écrasée par les Romains; en 70, Titus assiège les derniers défenseurs réfugiés dans le Temple. Au cours des combats un incendie éclate et le détruit totalement. Seuls furent sauvés et ramenés à Rome le chandelier à sept branches, la table des pains de proposition et les trompettes sacrées. Le Temple physique est détruit mais, selon la parole évangélique, il aura suffi de trois jours pour que le Christ, par sa résurrection, le reconstruise. Le grade de Chevalier de l’Aigle Souverain de Rose-Croix en développe le symbolisme.

En 638, le calife Omar occupe Jérusalem. En 687, Abd-el-Mélik fait édifier sur l’emplacement du Rocher la « mosquée d’Omar » ou coupole du Rocher. En 780 est achevée la mosquée el-Aqsa au sud de l’esplanade.

En 1099, les croisés s’emparent de Jérusalem ; ils transforment les mosquées en églises. La mosquée el-Aqsa devient le Templum Domini et figure sur les sceaux templiers et sur l’emblème de la IIIème province de l’Ordre. Les Templiers se voient attribuer la partie sud de la colline du temple6 qui comporte en particulier les fameuses « Ecuries de Salomon »7 Les grades de Novice, de Chevalier du Temple et de Chevalier Profès reprennent les rituels initiatiques chevaleresques de la branche « militaire ».

En 1187, après le désastre de Hattin, Saladin reprend la ville.

Le tableau de loge aux trois premiers grades se rapporte clairement à la vision idéale du Temple de Salomon qui, comme celui d’Ezéchiel8 comporte trois portes : l’une fermée située à l’Est, les deux autres ouvertes situées au Nord et au Sud. Cette image idéale du Temple renvoie à la notion de Jérusalem céleste qui doit descendre des cieux à la fin des temps et où Dieu réside9. Le Cléricat Templier avec les grades de Postulant, de Novice et de Chanoine se placent ici.

La Shekinah repose au cœur du Temple et elle est assimilée à une lumière10 « La ville peut se passer de l’éclat du soleil et de celui de la lune, car la gloire de Dieu l’a illuminée, et l’Agneau lui tient lieu de flambeau »11 La Shekinah est présence divine et selon la parole : « Lorsque deux ou trois seront rassemblés en mon nom Je serai au milieu d’eux »12.

Le Temple de Salomon est « Centre du Monde », représentation symbolique du cœur de la tradition juive et par là même de la tradition chrétienne, image du ciel sur la terre. Il est la représentation du centre spirituel de la chrétienté. Les « Gardiens de la Terre Sainte », ainsi que se nommaient les pauvres chevaliers du Christ et du Temple de Salomon, en assurent la garde. De même que « le peuple juif est le corps et le sang du Christ »13 le Temple de Jérusalem est le Christ lui-même, selon la parole : « Détruisez ce Temple et en trois jours je le reconstruirai ». Si le Temple n’a jamais été reconstruit, c’est que le Christ lui-même est le Temple et que par sa résurrection il l’a réédifié pour l’éternité. C’est le cœur de l’homme qui doit l’accueillir. Le pire blasphème résiderait dans une volonté humaine de reconstruire un édifice de pierres sur l’emplacement du Temple. Il serait une négation de la divinité du Christ, la concrétisation du rejet de son message, un enfoncement dans la matérialité et, stricto sensu, un renversement anti-christique des valeurs. Le véritable travail consiste à tailler les pierres que nous sommes, pour leur permettre de prendre place dans l’édifice sacré qu’est le corps du Christ.

Un « Centre Suprême » ou « Terre Sainte » est toujours protégé par une triple enceinte. Les Templiers furent appelés « gardiens de la Terre sainte »14 ce qui n’est pas sans rapport avec la « chevalerie du Saint -Graal ». L’édifice du Temple avait été conçu pour contenir l’arche d’alliance. L’arche elle-même était destinée à recevoir un certain nombre d’objets sacrés dont l’un était une coupe. Cette coupe contenait un objet d’origine non humaine15. La structure trinitaire de protection se dégage ici très nettement : d’abord le temple, puis l’arche, enfin la coupe.

Il est intéressant de noter que la construction est en rapport avec les métiers artisanaux, que l’arche, étant utilisée par l’armée d’Israël pour obtenir la victoire au combat16 peut se rapporter à la chevalerie17 et que la coupe, présente sur l’autel au cours du sacrifice de la sainte messe, est à mettre en relation avec le sacerdoce.

1. 1 Chroniques 21, 29.
2. Une ancienne tradition maçonnique des constructeurs écossais situe le début de la construction le 2 avril.
3. Sepher Ietsirah. On retrouve ce symbole sur certains sceaux templiers sous la forme de l’escarboucle ou étoile à six rayons. Ces six directions sont le septentrion, le ponant, le midi, le couchant, le zénith et le nadir.
4. Selon les Eglises chrétiennes orthodoxes tout baptisé dans le Christ est Prêtre, Prophète et Roi.
5. On trouve aussi le symbole de l’arche d’alliance dans la maçonnerie du Grand Chapitre de Clermont.
6. Le Temple de Salomon était le lieu de manifestation des influences spirituelles et l’Arche y jouait un rôle de « condensateur » (cf. René Guénon , L’erreur spirite , p. 58, Ed. Traditionnelles, 1984.) C’était un véritable centre de forces et sa situation géographique ne devait rien au hasard. En sachant cela, on mesure pleinement l’extrême importance du choix de ce lieu par les Templiers, aussi bien pour s’y établir que pour en incorporer le nom dans l’appellation de leur Ordre.
7. Cf. l’article « Les Templiers à Jérusalem », de Jehan de Ais in la revue Templarium n°1 avril-mai-juin 2002.
8. Cf. André Parrot, « Le Temple de Jérusalem » in Cahiers d’Archéologie Biblique n° 5, p.47, Ed. Delachaux & Niestlé
. 9. Apocalypse de Jean 22, 3-5.
10. Cf. René Guénon, Le Roi du Monde, chap. III, p.23, Ed. Gallimard, 1985.
11. Apocalypse de Jean 21, 23.
12. Il remarquable de noter qu’une loge ne peut être ouverte que si trois Maîtres Maçons sont présents.
13. Paroles de Saint Bernard condamnant les massacres de Juifs en Europe.
14. Cf. René Guénon, Aperçus sur l’ésotérisme chrétien, p.50, Ed. Traditionnelles, 1988.
15. Cf. Visions d’Anne-Catherine Emmerich sur la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, t.1, p. 9 , Ed. Tequi, s.d.
16. 1 Samuel 4, 3.
17. La Shekinah dont le lieu de manifestation est l’Arche est l’équivalent à certains égards de la Shakti hindoue aspect féminin de la Divinité ; et l’on sait l’importance de l’élément féminin dans toute initiation chevaleresque.

Pour la chrétienté médiévale, Jérusalem fut le centre du monde, c’est-à-dire le centre de la tradition chrétienne, voire judéo-chrétienne, et le voyage à Jérusalem, vécu comme un pèlerinage, l’image du retour au centre. Si Jérusalem, la sainte Sion, est la ville sainte du judaïsme, elle est également celle du christianisme, par la continuité de l’un à l’autre, malgré les ruptures apparentes. La Terre sainte est aussi assimilée au Paradis terrestre des occidentaux, point de départ de la tradition judéo-chrétienne, d’où partent les quatre fleuves coulant vers les quatre points cardinaux, qui est également le « séjour d’immortalité » comme le rapporte la Genèse.

Celui qui est réintégré dans le Paradis a désormais sa demeure dans le « Centre du Monde ». Le retour au centre est symbolisé par le pèlerinage qui est bien une pérégrination devant mener, après beaucoup d’épreuves, au Centre. Et le pèlerinage à Jérusalem est à la fois ce retour au centre, c’est-à-dire au centre de la tradition chrétienne, sur un plan horizontal, et, sur un plan vertical, dans une perspective eschatologique, le désir de voir la Jérusalem céleste descendre du ciel et se confondre, en quelque sorte, avec cette Jérusalem terrestre dont elle sera l’accomplissement.

A l’aube du XIème siècle, le pèlerinage individuel à Jérusalem, accompli et vécu comme un rite de pénitence, prendra une dimension de plus en plus collective. Mais, dans l’un et l’autre cas, le pèlerinage sera considéré comme marquant la crise définitive où le vieil homme se dépouille, créant ainsi une vie neuve. Le pèlerin se retrouve « comme né à nouveau et refait tout entier…, tous ses désirs comblés de cette vie terrestre ». Rite de pénitence par excellence, il sera vécu comme tel, après un dépouillement de tous les biens terrestres, le dernier bien étant la vie à laquelle le pèlerin devra même s’engager à renoncer sur le chemin qui mène au Centre, c’est-à-dire Dieu, « Principe et Fin » (Apocalypse 22, 13) de toutes choses. Le départ pour les Lieux saints ne se fera donc pas sans dépouillement préalable, l’exigence de pauvreté exigeant l’allégement du fardeau de la tentation à retrouver un jour ses richesses ou bien contraignant à ne plus revenir. La vie religieuse de l’occident verra dans l’acte de pèlerinage l’œuvre suprême de religion, individuelle au départ, puis de plus en plus collective.

Il s’agit, dans cet « esprit de croisade », d’une rencontre physique avec les lieux où s’est accompli le mystère de la Rédemption. Les troupes qui vont à Jérusalem reprennent la vieille marche des Hébreux pénétrant en Terre sainte. C’est un nouvel Exode vers cette Jérusalem terrestre, image imparfaite de la Jérusalem céleste, sur laquelle doit régner pour l’éternité le Roi des derniers jours issu de la semence de David. La route de Jérusalem devient la voie de l’accomplissement des Temps, œuvre collective de salut commun individuel, obligeant de se battre pour arriver à son terme. Dans l’extraordinaire attente de l’accomplissement du temps des nations selon Luc 21, 24, qui précède la première croisade prêchée par le pape Urbain II le 27 novembre 1095, espace et histoire se confondent, dont le mot « plénitude » est la réalisation même. Après quoi il n’est rien d’autre sinon la certitude de la parousie en cette sainte Cité où aura lieu l’avènement du Christ glorieux et où l’humanité, de l’orient comme de l’occident, doit se rejoindre pour l’exaltation suprême de son salut.

Dans cette perspective de la croisade, le symbolisme du voyage est à rapprocher de celui de la guerre et l’on se rend compte combien le but de ce pèlerinage, identifié symboliquement à la « Terre Sainte » ou « Terre des Vivants », peut prendre une dimension collective, accompagnée de signes et de prodiges se manifestant à ceux-là seuls qui ont vécu le dépouillement intégral ; ce qui explique qu’ils n’accompagneront que la croisade des pauvres et non celle des barons.

Si Jérusalem est bien le nombril, le centre de la terre, le lieu où s’est accompli le plus haut, le plus total mystère qui concerne l’univers chrétien et son salut, ce centre du monde est aussi le chœur de la tradition chrétienne, lui-même figuré par un vase qui n’est autre que celui que les légendes du Moyen Age occidental devaient désigner comme le Saint-Graal. Et tout centre suprême doit être gardé à partir de sa circonférence afin que puissent se déplacer, de la périphérie vers le centre, les individus et les foules qui participent de cette migration de l’occident vers l’orient. Telle sera la mission des grands ordres de chevalerie médiévaux nés des croisades, dont l’attribution est bien celle de « Gardiens de la Terre Sainte », et plus particulièrement des Templiers. « Chevalerie du Saint-Graal », « Gardiens de la Terre Sainte » sont des dénominations attachées à ceux dont la mission première est de protéger le Centre Suprême où sont détenus les secrets de la Tradition primordiale, adaptée aux conditions de temps et de lieu. Et lorsqu’une tradition particulière perd son rattachement au Centre, entendu sur un plan géographique et symbolique, ceux qui avaient pour mission de la défendre perdront, par le fait même, leur raison d’être. Tel fut le destin tragique des Templiers puisque vingt et un ans seulement séparent la perte définitive de la Terre sainte de l’abolition de l’Ordre en tant qu’organisation constituée.

Le Centre, la Terre Sainte, le pèlerinage et la croisade ne sont que les différentes facettes d’une même réalité ; le retour, individuel ou collectif, à l’Unité primordiale passant par une rencontre physique avec les lieux mêmes où la Tradition s’est manifestée et où s’opère la réintégration dans le Principe suprême, là où s’unifient tous les contraires, où se résolvent toutes les oppositions. Tout pèlerinage en Terre Sainte, vécu en mode héroïque, est l’ « alpha et l’oméga » du pèlerinage terrestre vers la Cité céleste.


Tableau de décriptage de l'alphabet maçonnique. Collection privéeAgrandir...
Tableau de décriptage de l'alphabet maçonnique

Une noble école de sagesse

« Il n’est rien ici qui ne puisse vous donner lieu à réfléchir. Exercez-vous dans cet endroit, car percevoir les secrets est une noble école de sagesse. »

Et encore quelques travaux énoncés lors des réunions (planches) par des maîtres sur des sujets symboliques. Elles révèlent par leur diversité toute l’ouverture et les attraits particuliers des Sœurs et des Frères.

Note sur l'élaboration d'une Planche ▸Lire la suite...

Avant propos du Frère : Dès 1779 Ferdinand de Brunswick se rend compte du déclin de la Stricte Observance, les loges de l’Ordre sont généralement peu visitées ; beaucoup de Frères n’envisagent l’organisation de Stricte Observance que comme ... un règlement imposé. Les travaux se font sans intelligence et manquent généralement de mobile vivifiant. Ce n'est plus que dans les occasions solennelles que des frères prenneent la parole, qu’il n'est plus observé la sévérité nécessaire lors des réceptions et des élections et que « d'ordinaire » le rang ou la fortune suffit pour toute recommandation. Lire la suite...

Dans la même année le baron Von Knigge déclare en parlant de la Stricte Observance que : Le travail du perfectionnement moral est complètement négligé, aucun esprit de corps ne nous anime, comme on ne se réunit que rarement, que l’on se voit peu, ou du moins que l’on se réunit point amicalement et à cœur ouvert, on ne se connait pas et on n’a pas d’action sur les cœurs.

Notes sur l’élaboration des Planches :

Gestuelle des Loges Allégoriques :

Les impressions de réception d’un Apprenti ne sont jamais commentées.

Les planches doivent être préparées selon une démarche proprement maçonnique. Elles sont faites avec l’aide et sous le contrôle du Surveillant concerné ou d’un ancien. Il ne faut jamais perdre de vue que la réflexion développée au cours de la planche ou du morceau d’architecture doit se faire sur trois plans :

  • Celui de la spiritualité générale dans le cadre de la tradition judéo-chrétienne,
  • De la démarche maçonnique,
  • Et celui de la démarche personnelle du Frère ou de la Sœur.

Le Premier ou le Second Surveillant devront s’assurer de la qualité de la planche présentée avant sa lecture en Loge. Ils auront alors la possibilité de proposer à la Loge la candidature du Frère ou de la Sœur pour le grade supérieur ou de demander un autre travail si ce dernier est jugé insuffisant.

Les morceaux d’architecture présentés par les Maîtres devront toujours se situer dans un cadre maçonnique et dans la tradition historique et spirituelle de la maçonnerie. Ces travaux présenteront un intérêt réel pour l’instruction des Frères et Sœurs de la Loge.

Á la demande du Vénérable Maître, les travaux présentés par les Apprentis, les Compagnons et les Maîtres peuvent faire l’objet d’intervention des Frères et des Sœurs pour apporter une pierre supplémentaire à l’édifice commun. En aucun cas des questions ne peuvent être posées au Frère ou à la Sœur ayant présenté son travail.

La lecture d’une planche tracée en Loge :

  • Le Maître de Loge fait quérir l’Apprenti ou le Compagnon ou le Maître présentant sa planche traitant de la symbolique des Loges Allégoriques par le Maître des Cérémonies, qui le ou la conduira devant le Tapis de Loge à l’Occident.
  • Il (Elle) se signe. Il (Elle) attend que le Maître de Loge lui donne la parole.
  • Il (Elle) présente son travail avec la formule consacrée : Vénérable Maître et vous tous mes Frères et Sœurs en vos grades et qualités !
  • Puis, il (elle) donne lecture de sa planche tracée.
  • Á la fin de sa lecture, il (elle) fait le signe d’Ordre et attend les instructions du Maître de Loge.
  • Le Maître de Loge fait conduire par le Maître des Cérémonies le Frère ou la Sœur à sa place sur sa colonne, qui prend place sans saluer.

Les Maîtres restent à leur plateau s’ils en ont un.

Le Frère Orateur ne donne pas de conclusions. Il est seulement le gardien des règles et intervient seulement en tant qu’Orateur lors du déroulement des rituels.

Tout est dit et pourtant, il apparaît que nous prenons les uns et les autres quelques libertés avec la construction d’une planche. Le but premier de faire une planche est d’utiliser les outils mis à notre disposition : le rituel en premier ainsi que les tapis, tableaux, et autres décorums.

Certains, prétendant connaitre le rituel par cœur, pensent qu’on peut passer à autre chose. C’est là l’erreur. Le rituel par son étude, par son décorticage, par son analyse des mots, des phrases, des idées doit nous permettre d’aller au fond de soi. Etudier la position d’un hiéroglyphe sur le tapis, faire des parallèles, voir des symétries, des oppositions permettent de rendre nos pensées plus claires ... pour les autres ... mais surtout pour soi. C’est la même démarche avec l’étude des sephirot que pratiquent les Kabbalistes. La Bible, comme la Thora juive sont des livres qui possèdent plusieurs niveaux de lecture possibles, avec plusieurs interprétations possibles. Ils nous ouvrent à « l’infini ». Ces livres supposés transmettre la parole de Dieu ne contiennent donc pas « la vérité » mais seulement un matériau de travail et d’interprétation. Une vie ne suffirait pas à leur étude et pour cette raison nous n’en ferons jamais le tour sauf à rester superficiel dans notre analyse.

Faire une planche s’apparente à un jeu, un art, une science permettant de décortiquer le sens réel ou supposé, on peut compter le nombre de lettres d’un mot, sa sonorité, jouer avec l’outil, le rapport avec l’environnement, aller ainsi de plus en plus loin en lui et donc en soi.

J’entends dire que certains ne peuvent travailler que dans l’urgence, que trois jours suffisent à l’élaboration d’une planche. J’entends ! Mais une planche doit être pensée, rabâchée, retournée, décortiquée, dépiautée sinon elle ne permet pas d’obtenir le but recherché qui est de mieux se connaitre. Pour ce faire il est important qu’elle soit entreprise bien trois mois avant d’être présentée. Un mois avant cette présentation, elle doit être transmise aux Surveillants qui donnent alors un élan nouveau en ouvrant sur certaines pistes, zones d’ombres etc. Les Surveillants ne sont en effet pas seulement chargés d’une rituellie mais ont un rôle « d’éveilleur » par leur aide et donc de formation pour que la planche puisse répondre à ces différents plans.

Reprenons ce qui nous est dit :

Une planche se fait sur trois plans :

  • Le premier plan est celui de la spiritualité générale dans le cadre de la tradition judéo-chrétienne.
  • Bien sûr comme j’ai évoqué la Torah, nous pouvons travailler sur d’autres outils. S’il nous est demandé de travailler selon une spiritualité judéo-chrétienne c’est que, que nous le voulions ou non, nous sommes de cette tradition et comme il ne s’agit que d’un moyen de réflexion pourquoi ne pas l’accepter. La preuve de cela est dans le fait que le V.M. doit s’assurer que les travaux ne présentent pas un caractère politique ou religieux ! (article 44 des statuts de la G.L.R.R.). La Bible ne doit donc pas être détournée de l’usage que nous devons en faire et c’est ce que nos détracteurs ne comprennent pas lorsqu’on nous accuse de ... religiosité pour rester poli.

  • Le second plan est celui la démarche maçonnique dont le maître mot est « spiritualité ».
  • Cette connaissance spirituelle de plus en plus élevée se fait en ayant la conscience permanente d’appartenir à un « tout » ordonné et évolutif. Cette prise de conscience se fait par la mise en situations successives favorables à cette prise de conscience. Il est dit que :

    C’est un ensemble de pratiques, au sein d’une même institution, destiné à rassembler ses membres, autour d’une même tradition, orientés vers le même objectif : l’accès à la notion de sacré et le perfectionnement de l’homme.

  • Enfin celui de la démarche personnelle du Frère ou de la Sœur.
  • Il ne s’agit nullement de faire une thérapie de groupe ! Ainsi s’il est possible d’évoquer le JE, son propre vécu, son expérience, ce n'est que pour l’utiliser en illustration d’une pensée, d’une démonstration. Cela ne pouvant se faire que dans la troisième partie de la planche au sein de la partie « la démarche personnelle du Frère ou de la Sœur. »

Même les Maitres, qui ont plus de liberté dans le choix des thèmes, doivent se contraindre à se situer comme il est dit « dans un cadre maçonnique et dans la tradition historique et spirituelle de la maçonnerie [...]

Ces travaux présentent ainsi un intérêt réel pour l’instruction des Frères et Sœurs de la Loge.

Une planche sociétale peut faire évoluer une société mais ne fait pas se développer le maçon dans sa quête de spiritualité. Spiritualité qu’il convient de ne pas mélanger avec la religion. Une Loge sociétale peut avoir des maçons tels que nous l’appréhendons. Il en est fort heureusement souvent ainsi. Notre spécificité, est d’être une Loge travaillant pour l’élévation de l’individu et ce n’est qu’indirectement, en portant nos valeurs à l’extérieur que nous ferons un monde meilleur.

Notre spécificité est notre force ; nos visiteurs nous apprécient pour la qualité de nos travaux, nos différences. Restons-y donc attachés.

Chacun sa méthode pour gérer l’élaboration de sa planche même si comme je l’ai indiqué le cadre est dicté. Je pense cependant qu’il convient dans un premier temps, en partant du sujet donné, de collecter ses connaissances le concernant pour que notre travail futur ne se limite pas aux voies que nous allons découvrir. En un mot, ouvrir le maximum de portes quitte à les refermer si la voie apparait ultérieurement stérile.

Puis lisons notre rituel pour savoir où le sujet est évoqué, en se posant mille questions comme : Pourquoi en parle-t’on à ce moment-là ? De quoi parle t’on juste avant ? Et après ? Quel contexte ? Historiquement est ce que cela avait une portée différente ? La ponctuation donne-t-elle un sens particulier à la phrase ? Bref nous replaçons le sujet dans son environnement.

Ensuite nous pouvons utilement visiter également la Gestuelle, les Statuts et Règlements de l'Ordre.

Dans un autre temps, parcourons notre bibliothèque, nos notes passées et même Internet. Nous y découvrons parfois des pistes intéressantes, d’autres farfelues, d’autres choses intéressantes qui ne sont pas utiles pour la planche mais pour notre culture personnelle ... ou pour un prochain travail.

Chaque jour ensuite que ce soit au cours d’une promenade, d’un temps de repos, au détour d’une discussion amicale, d’une lecture, de l’écoute d’une chanson, nous restons aux aguets. De nombreuses choses, semblant venir de nulle part, comme amenées par le hasard, nous permettent de cheminer sur le sujet. Des idées nouvelles apparaissent, certaines évidences qui nous échappent. Ces prétendus hasards n’en sont pas, ils résultent du fait que nos sens à l’affut repèrent dans l’environnement ce qui devient « signes ».

Ainsi nous construisons notre planche : nous ajoutons, nous déplaçons un paragraphe, nous précisons, nous enlevons les redites, etc...

Certains maçons pour diverses raisons mais le plus souvent par crainte de décevoir leur F. et S. élaborent leur planche avec un apport massif de l’outil Internet ou pire travaillent à quatre mains. C’est une grave erreur. Hormis le fait que cela se « voit » ou « se sent », cela a surtout pour effet de ne pas aider le maçon à « grandir ». Et là, à quoi lui serviraient les réceptions futures ? Nous obtiendrions le même résultat en lui communiquant dés à présent la collection de tous nos rituels. C’est-à-dire que cela ne servirait à absolument rien. Comme le dit Oswald WIRTH : Ces voyages servent uniquement à celui qui les vit en esprit et en vérité, quant à celui qui les évite ou qui les envisage sous leur seule extériorité, il reste profane en dépit de toutes les connaissances dont il peut faire étalage.

C’est pour toutes ces raisons qu’une planche a besoin de maturité pour être utile. Si nous savions tout, nous pourrions faire une planche rapidement mais savoir tout est impossible puisque comme dit précédemment une vie ne suffit pas à aller au fond du sujet, au fond de soi encore moins. Une planche est faite pour celui qui l’écrit et accessoirement pour les F. et S.. C’est le cas lorsque le rédacteur en conclut que le thème de cette planche « lui a parlé », nous savons alors qu’il a bien travaillé et progressé sur sa voie.

Car je vous fais une confidence : Quel que ce soit le sujet proposé, quel qu’il soit, si nous le travaillons bien travaillé, il nous parle ! ... car nous nous parlons.

Je vous souhaite du fond du cœur que vous ressentiez cela, ainsi vous aurez contribué a ce que perdure la maçonnerie spiritualiste mais surtout vous aurez ce sentiment d’appartenance qui nous lie et qui nous fait dire. « Vivement que je retrouve mes Frères et Sœurs sur les colonnes jeudi prochain. »

L’assiduité en Franc-maçonnerie ▸Lire la suite...

Avant propos de la Sœur : Assidu(e) : du latin assiduus, c’est être constamment présent auprès de ; l’assiduité étant l’exactitude à se trouver là où l’on est appelé par ses fonction ou ses obligations. C’est aussi la qualité de celui qui pratique la ponctualité, l’exactitude, l’application des règles. Ainsi sont expliqués ces termes dans les dictionnaires et autres encyclopédies des langues française et italienne.Lire la suite...

L’assiduité est un grand problème dans notre société actuelle, profane ou maçonnique. Elle est pourtant une part essentielle de notre vie quotidienne, de la réussite individuelle ou collective par sa fonction sur notre conscience. Alors, soyons honnêtes et parlons franc : est-ce si dur d’être assidu ?

Qui ou quoi démotive les différents composants de nos assemblées pour que certains trouvent des excuses, plus ou moins valables, pour ne pas être présents aux tenues ?

Mais chacun devrait balayer devant sa porte et essayer de voir en face les problèmes un par un. Les Frères et Sœurs du 3ème grade font-ils en loge tout ce qui est nécessaire pour intéresser les Apprentis et les Compagnons ? Est-ce que certains ne se retranchent pas derrière un mur de certitudes et de connaissances acquises par de longues années de pratique, mur pourtant ferme sur sa base, mais fait de pierres mal taillées ou mal dégrossies? Il faut, de temps en temps, reprendre l’équerre et le fil à plomb, afin de remettre à niveau. Et ne pas se cacher derrière l’acacia pour accepter d’admettre après la tenue certaines faiblesses.

Il va de soi que dans la vie profane les excuses, diversement justifiées, sont acceptées par principe. Mais en loge, nous avons tous pris des engagements volontaires et personnels, sans contraintes ni obligations. Nous n’avons pas eu de couteau sous la gorge, mais une épée sur le cœur, pour accepter librement notre promesse d’être présent à chaque tenue; même si, lors de notre réception, tous les termes de la promesse faite en présence des membres de la loge ne furent pas immédiatement assimilés.

Il existe un catéchisme que le Maître de Loge, assisté des 1er et 2ème Surveillants, a à cœur de lire après l’ouverture des travaux. Il nous rappelle les bases essentielles de notre engagement personnel, que l’on soit Apprenti, Compagnon ou Maître.

Notre conscience devrait être en éveil au début de chaque année maçonnique. Pensons à ceux qui ont une tenue tous les quinze jours, voire une par semaine, et qui doivent présenter un travail une fois sur deux ! Pensons à ceux qui sont sur les parvis du temple, avec le secret espoir d’être parmi les «élus», dont nous faisons partie. Ne nous fions pas trop à notre mémoire et prenons soin de noter les dates des tenues dans nos agendas.

Etre à l’heure est également important pour que les travaux débutent tôt. Beaucoup de Frères et Sœurs habitent loin et font des kilomètres pour que la loge soit juste et parfaite et brille de tous ses feux. Ne les pénalisons pas en les obligeant à rentrer trop tardivement chez eux !

Un Franc-Maçon n’est ni un simple mortel, ni un dieu non plus ! Ce qui le distingue des profanes, ce sont les principes qu’il acquiert par son travail assidu en loge; à savoir : se connaître soi-même, afin de dégrossir sa pierre brute ; apprendre le respect de soi-même et des autres, l’égalité et la fraternité entre membres de toutes obédiences, la solidarité qu’il exercera par sa présence assidue aux travaux en loge. Les critiques sont souvent constructives, lorsqu’elles sont honnêtement exposées, dans la vie profane comme maçonnique. Afin d’éviter la critique négative, l’assiduité et la persévérance sont les deux colonnes du métier du maçon de franche pierre. Si une tenue ne nous manque pas, si cela ne provoque pas en nous un sentiment d’insatisfaction, ne nous pousse pas à réfléchir sur nous-même, quel que soit notre grade, alors il nous faut revoir rapidement le rituel, le règlement intérieur de l’atelier et le catéchisme.

Et si, malgré cette relecture, aucune lumière ne jaillit avec un sentiment d’abandon, de culpabilisation, interrogeons-nous : notre place est-elle toujours en Franc-Maçonnerie ? Mais si par le recul d’une mise en sommeil volontaire, l’on se rend compte qu’on a raté l’essentiel, alors c’est que l’on a toujours sa place en loge. Le temps ne compte pas pour un Franc-Maçon et seules la détermination et la volonté individuelle permettent de s’améliorer. Celui-là qui applique ces principes sera un exemple pour les autres. Le Maître de loge, les Surveillants et tous les Maçons seront là pour l’aider. Chaque Maçon doit avoir à cœur de répondre à ses questions, de participer à son apprentissage, quel que soit le grade. Un Franc-Maçon est libre de pensée et, s’il commet une erreur, le Maître ou le gardien de la constitution rectifiera et corrigera, sans agressivité ni méchanceté, car tous les Maçons sont d’éternels apprentis.

Tous les membres de nos loges forment une chaîne d’union composée de maillons purs et sans taches, unis et solidaires. Si l’on rompt cette chaîne par manque d’assiduité, l’unité s’affaiblit et l’ensemble de la loge est momentanément désorganisé. Mais, tel le phénix, la loge, par solidarité, renaît de ses cendres, plus forte, plus unie.

Laissons nos métaux à la porte du temple, venons partager la joie, le plaisir fraternel au sein d’une loge juste et parfaite, forte de tous ses membres présents. Nous avons tous besoin les uns des autres, dans une fraternité sincère et chaleureuse. Et toutes les pierres d’un édifice jouent un rôle dans son édification, de la pierre de fondation à la clef de voûte.

Confortons-nous dans cette pensée et construisons ensemble le temple élevé à la gloire du Grand Architecte de l’Univers.

Ouvrez votre cœur à votre Maitre ▸Lire la suite...

Avant propos de la Sœur : Un cœur noble a aussi ses faiblesses mais trouver l’amour rend fier et conduit parfois à d’autres erreurs. Ouvrez votre cœur à votre Maître ; faites-lui part de vos pensées ; confiez-vous à son autorité et ainsi je ne doute pas que nos secrets, qui vous paraissent encore obscurs, feront place à la lumière et que vous connaîtrez le jour où vous serez triplement joyeux lorsque vous aurez atteint la plénitude de cette lumière. » Ces phrases se trouvent à la fin du discours de l’Orateur. L’apprenti vient de vivre sa réception...Lire la suite...

« Un cœur noble a aussi ses faiblesses mais trouver l’amour rend fier et conduit parfois à d’autres erreurs.

Ouvrez votre cœur à votre Maître ; faites-lui part de vos pensées ; confiez-vous à son autorité et ainsi je ne doute pas que nos secrets, qui vous paraissent encore obscurs, feront place à la lumière et que vous connaîtrez le jour où vous serez triplement joyeux lorsque vous aurez atteint la plénitude de cette lumière. »

Ces phrases se trouvent à la fin du discours de l’Orateur. L’apprenti vient de vivre sa réception, dans l’émotion et la découverte d’une société nouvelle. L’Orateur a « apporté quelques explications », selon son expression. Il clôture son discours en parlant de percevoir les secrets, de lumière et d’une triple joie dans la plénitude de cette lumière. La fin de ce discours est flamboyante comme le bouquet d’un feu d’artifice, dans la perspective de lendemains qui chantent, au terme d’un voyage initiatique réservé au cœur noble qui trouve l’amour.

On remarque bien que l’on évoque des faiblesses, de la fierté et des erreurs, mais on ne s’y attarde pas tant l’envolée est enthousiaste. De fait, je me suis toujours demandé pourquoi trouver l’amour était associé à la fierté et à des erreurs, mais je n’avais jamais persisté dans une réflexion : après tout, il faut d’abord pour cela trouver l’amour et mon chemin spirituel est encore long…

Alors, puisqu’il n’est rien ici qui ne puisse nous donner lieu à réfléchir, scrutons le texte et essayons de dégager son enseignement.

Le libellé du sujet est long et je vais encore l’augmenter des deux phrases qui le précèdent : « Percevoir les secrets est une noble école de sagesse. Seul avec vos propres pensées, vous n’êtes sûr de rien ».

Ainsi, il est annoncé que l’enjeu de la démarche initiatique passe par percevoir les secrets, porteurs de sagesse. Les secrets découverts ouvrent la voie de la lumière.

Oui, mais voilà : seul avec vos propres pensées, vous n’êtes sûr de rien. Cette attitude recèle manifestement un danger d’égarement pour le cherchant et contient un avertissement que l’Orateur donne au nouveau reçu, au seuil de son parcours. (I). Mais, comme tout est dit dans le rituel d’apprenti, il va s’employer à lui révéler l’antidote qui le mènera au bout de sa quête (II).

I) L’avertissement.

Tout d’abord, quand l’Orateur décrit le cherchant, celui qui est à l’école de la sagesse, il parle d’un cœur noble. Mais, qu’entend-on par noble ? Je ne serais pas de cette Loge si je ne m’attachais pas aux définitions, et notamment celle du Littré. Est noble celui qui a rang et qualité au-dessus des roturiers, soit par la naissance, soit par les lettres du Prince. Mais, également, on est noble par la grandeur, l’élévation, la dignité, comme étant au-dessus du vulgaire.

Dans le rituel, ce mot est employé à plusieurs reprises.

Lors de la réception, le Second Surveillant enlève une première fois le bandeau du candidat qui découvre les épées tournées vers lui. Le Maître dit : « Voyez toutes ces épées pointées vers vous. Aucun de ces hommes nobles ne pourrait être apaisé s’il n’avait vengé avec votre sang un tel acte infâme. » On hésite sur le sens du mot noble ainsi placé : est-ce une référence à la distinction sociale, associée à l’épée ? Ou bien à une grandeur se faisant un devoir d’occire le traître ?

L’Orateur, pour sa part, répète le mot plusieurs fois : il nous dit que les portes ne doivent être ouvertes qu’à la vertu et aux réelles et nobles qualités du cherchant ; il parle de la noble école de sagesse et du cœur noble ; ce même cœur qui doit être imprégné du respect de ses devoirs par les trois coups frappés par le Maître.

La noblesse s’entend donc bien dans son sens moral et apparaît associé à une qualité d’être particulière, seule apte à entreprendre le chemin initiatique et à répondre à l’enseignement élevé que lui propose la Franc-Maçonnerie.

Mais, cette qualité n’est pas à l’abri de piège et l’Orateur met en garde : trouver l’amour rend fier.

Au cours de la réception, l’apprenti a déjà eu un premier enseignement, donné en guise d’avertissement également, que toute grandeur sur terre disparaît comme la fumée de la flamme brillante qui l’a ébloui.

Grandeur/fumée, amour/fierté, autant de succession d’état élevé, puis de chute, comme un schéma qui serait peut-être destiné à se répéter.

Trouver l’amour pour un cœur noble, à l’aspiration haute, suggère que l’amour est à la mesure d’agapè, dans l’ouverture de soi et la douceur. Etre fier implique une notion d’enfermement, dans une singularité hautaine qui s’arroge une dignité supérieure à celle de ses semblables. Cette attitude éloigne assurément d’agapè, par un dérapage égotique qui tire gloire d’un état fait pour l’humilité. Comme si, en s’approchant de la réalisation, le combat contre ses propres ténèbres s’intensifiait, dans un défi à la mesure de l’élévation. L’Orateur est sage. Il parle en Frère qui a parcouru un long chemin et qui sait que ceux qui nous y précèdent peuvent connaître de tels écueils, à des stades que nous ignorons. Ainsi, plus on avancerait et plus la lutte serait difficile, peut-être parce que, justement, on serait plus à même d’y faire face.

Et la cause identifiée de ce danger est d’être seul avec ses pensées. Alors, pour conjurer cette solitude pernicieuse, l’Orateur va révéler à l’apprenti l’antidote qui lui garantira de ne pas s’égarer hors de son chemin vers la lumière.

II) L’antidote.

« Ouvrez votre cœur à votre Maître ; faites-lui part de vos pensées ; confiez-vous à son autorité. »

Ouverture, partage, confiance : ce sont les trois mots-clés qui sortent de l’enfermement sur soi et nous tournent vers l’altérité. Et pas n’importe laquelle : celle de notre Maître.

Dans le catéchisme, nous savons que le Maître est celui qui porte l’équerre sur la poitrine ; celui qui, à l’instar du soleil, régit la Loge et illumine les Frères et Sœurs. Il s’agit donc de notre Maître de Loge. L’article 38 des Statuts de l’Ordre précise qu’il doit gouverner la loge avec douceur, prudence et fermeté et y faire respecter l’Ordre.

Ainsi, le Maître de loge est un référent, fiable et digne de recueillir les pensées profondes de ses Frères et Sœurs. Il représente la loge et on peut se confier à son autorité. Je me suis interrogée sur cette notion d’autorité. Bien sûr, par sa fonction, il exerce l’autorité au sein de la loge et, en corollaire, l’Ordre peut lui demander compte des dysfonctionnements. Mais, par la référence qu’il constitue, ne fait-il pas aussi autorité ? A ce stade, j’ai été troublée par cette idée de « faire autorité » qui s’accompagne d’une nécessaire légitimité.

Autant j’adhère sans difficulté à cette confiance à l’égard du Vénérable Maître de notre loge à laquelle je suis affiliée et il m’arrive de lui faire part de mes pensées, en me trouvant éclairée par ces échanges.

Autant je m’interroge quand je me considère exerçant cette fonction dans ma loge. Dans cette perspective, je me souviens d’abord que le Maître de loge ne sort pas de sa qualité de Frère, qu’il n’a pas vocation à être un guru et qu’il ne s’inscrit pas dans une relation filiale. Chaque Franc-Maçon se distingue par sa manière de penser libre et volontaire, nous dit la réponse à la question 26 du catéchisme. Le Maître demeure alors dans une relation d’accompagnement fraternel et de transmission. Le Maître n’apporte pas la lumière mais, fonction et connexion obligent, il la reflète au prisme de ce qu’il est. Les Maîtres de loge se succèdent et chacun d’eux diffuse sa propre tonalité qui suscite différemment les Frères et Sœurs. On s’aperçoit de ce phénomène à chaque transmission de maillet.

Les échanges avec le Maître ont le mérite premier, pour le Frère ou la Sœur, de pouvoir exprimer son questionnement. En trouvant les mots pour évoquer ses interrogations, il va préciser sa pensée et la confronter, en saisissant peut-être un autre angle de vue pour nourrir sa réflexion et trouver à terme sa propre réponse.

Et puis, les échanges peuvent également permettre de tendre un miroir dans lequel le Frère ou la Sœur percevra une réalité de lui-même qu’il ne soupçonnait pas. Regarder le miroir est précieux, mais exigeant, car cela demande de la force et de l’humilité. L’être fragile cherchera à se soustraire à son reflet, par crainte d’un effondrement, allant même jusqu’à critiquer la main qui lui tend le miroir, dans une stratégie de diversion. L’être intègre acceptera la remise en cause qui lui permettra, par sa bonne volonté, de faire évoluer sa manière de vivre.

L’ouverture dans la confiance, l’humilité et la bonne volonté vont imprimer une attitude intérieure dont l’exercice apparaît spirituellement juste. Elle sera le fruit d’une subtile synergie entre l’individu et le collectif, associant l’évolution de l’être et sa participation à l’œuvre de la communauté.

En s’ouvrant au Maître et en se confiant à son autorité, le Frère ou la Sœur se reconnaît membre de la loge que représente le Maître. Il est soutenu dans sa construction intérieure par le bénéfice de l’accompagnement et la sûreté de la transmission.

Dans le même temps, tel le rayon d’un cercle convergeant vers le centre, il se tourne vers la loge, en acquérant la conscience de sa place et de sa responsabilité. Il se prépare ainsi à y apporter le meilleur de lui-même, dans l’application des principes qu’il intègre pas à pas.

Par cet exercice, le Frère ou la Sœur se met dans une juste disposition pour progresser sur le chemin de la lumière et la perception des secrets.

La construction spirituelle intérieure nécessite cette ouverture dans la confiance, cette humilité et cette bonne volonté dans un lien avec le divin ; un lien filial, cette fois, auquel on s’abandonne pour être guidé dans la lumière.

Percevoir les secrets est une noble école de sagesse. Mais, que serait la sagesse si elle ne se traduisait pas dans les actes par la justesse du discernement ? Quelle serait une lumière qui n’illuminerait pas les actions par la bienveillance de la fraternité ? Vaines assurément si on se contentait de pensées et de discours.

C’est donc à l’épreuve d’une vie en communauté, que ce soit dans une loge, dans l’Ordre ou dans la société profane, que nous sommes défiés à être ensemble, à œuvrer avec ce que nous sommes chacun et les uns par rapport aux autres. Nous sommes invités, avec discernement et fraternité, à poser des actes qui honorent le Principe, non pour en tirer de la fierté, mais pour avoir la joie de voir le Principe prendre forme sur le plan terrestre. La joie est un des fruits de l’Esprit, selon saint Paul. Alors, peut-être un jour, sera-t-on triplement joyeux par l’alignement du corps, de l’âme et de l’esprit, dans la plénitude de l’harmonie, en soi et ensemble.


Le Maçon forgé à l'aide des outils de sa Loge. Gravure anglaise, 1754Agrandir...
Le Maçon forgé à l'aide des outils de sa Loge


Selon la légende fondatrice de l’Ordre Ecossais des Chevaliers du Saint Temple de Jérusalem, l’année de référence est celle de la restauration de l’Ordre du Temple par Aumont Premier savoir 1312, que l’on retranche de l’ère vulgaire.

Par exemple :
Nous sommes en - 1312
Nous sommes donc en .

Légende

Lorsqu'en 1307 la persécution de Philippe le Bel, roi de France, commença contre notre Ordre. Aumont, qui avait vieilli au service de l'Ordre et qui fut d'une grande itelligence, était Maître de la Province d'Auvergne.

Philippe ne put le supporter car il s'était toujours opposé, de toutes ses forces, à toutes ses attaques. La vigilance d'Aumont fut tenue en éveil par la grande amitié qui liait le roi et le nouveau pape. Alors qu'il se rendait pour cette raison, à Paris, il apprit l'arrestation qui eut lieu le 13 octobre. Il put avec les principaux commandeurs qui l'accompagnaient, prendre la fuite en Normandie où il se crut en sûreté. Mais quand il apprit que le pape ClémentClément V avait installé des tribunaux dans toutes les provinces du royaume, qui furent erigés en tribunaux ecclésiastiques, car ils furent tenus par les prélats qu'il avait nommés, avec les représentants du roi, contre notre Ordre, tout en utilisant la torture, il abandonna les vêtements de l'Ordre et se rendit, comme maçon, dans différentes parties du royaume où il n'était pas connu pour observer quelle tournure prendraient les évènements.

Mais comme la réputation de l'Ordre se dégradait de plus en plus, il prit, en 1310, la décision de se rendre, avec les commandeurs et cinq chevaliers, en Irlande, car il s'appelait maintenant Mabeignac. Mais comme quelques commissaires avaient été déjà envoyés l'année précédente, contre les intérêts de notre Ordre, en Angleterre et comme un concile fut tenu par Robert Winkelfey, dont le pape fut l'instigateur, et que nos frères furent, comme en France, arrêtés et maltraités (car déjà en 1307 ils avaient écrit au roi EdouardIl s'agit soit d'Edouard Ier (1239-1307), roi d'Angleterre de 1272 à 1307, soit d'Edouard II (1284-1327), roi d'Angleterre de 1307 à 1327, fils du précédent sans avoir obtenu satisfaction), Aumont ne se sentit pas très en sûreté en Irlande, car déjà en 1310 les commissaires apostoliques y avaient créé des tribunaux. Il prit ainsi la fuit en 1311 pour l'île de Mull où il rencontra Georgium Harris.Georges Harris

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Comme l'Ordre fut interdit dans le monde chrétien, les Frères qui s'étaient réfugiés à Mull décidèrent qu'il devait se perpétuer. En 1312, à la Saint-Jean d'été, ils tinrent un chapitre et AmanumAumont devint leur Grand Maître, mais pour qu'ils pussent se soustraire à la poursuite et pour que l'Ordre ne fût pas découvert, Aumont proposa d'inventer et d'adopter, à la manière des maçons de métier, des signes et des mots secrets qui leur permissent de communiquer et de se reconnaître ; et comme ils s'étaient, contre la volonté de leur ennemis, proclamés libres et avaient adopté des coutumes étrangères, ils se déclarèrent Francs-Maçons et au début ils exercèrent vraiment ce métier.

[...]